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Sortir de Vercel : héberger son site en Europe

On vend souvent l’hébergement européen avec un argument de vitesse. Nous l’avons mesuré depuis la Suisse : l’argument ne tient pas. Voici ce qui tient à sa place, et ce que vous perdez vraiment en partant.

Ce que ce guide démontre

  • Des mesures de latence réseau depuis la Suisse vers cinq plateformes, méthode et script publiés.
  • Un résultat défavorable à Swigs Cloud : Cloudflare Pages répond plus vite que nous.
  • La liste des fonctions Next.js qui ne survivent pas au départ, et lesquelles se remplacent.

La vitesse ne départage pas grand-chose

Le discours habituel de l’hébergement européen tient en une phrase : vos utilisateurs sont ici, vos serveurs devraient l’être aussi, donc votre site ira plus vite. L’intuition est bonne. Les chiffres la nuancent beaucoup.

Encore faut-il mesurer la bonne chose. Le temps du premier octet, tel qu’on le cite d’ordinaire, additionne la résolution DNS, la poignée de main TCP, celle de TLS, puis la réponse du serveur. Les trois premières dépendent de la distance et du réseau, pas de l’hébergeur. Nous les séparons donc.

PlateformeÀ froidServeur seul
pages.cloudflare.com50 ms15 ms
swigs.cloud66 ms20 ms
www.netlify.com75 ms29 ms
vercel.com110 ms66 ms
Méthode. curl -w, neuf passages par cible, médiane retenue. « À froid » est le temps du premier octet, poignées de main comprises. « Serveur seul » retranche la connexion (starttransfer moins appconnect) : c’est le temps de réponse de la machine, celui que paie chaque requête d’une visite déjà ouverte. Mesuré depuis Lausanne, sur Sunrise (AS6730), le 2 septembre 2026 à 18h33.

Nos machines répondent en vingt millisecondes. C’est trois fois plus rapide que Vercel et un tiers plus rapide que Netlify. Mais Cloudflare répond en quinze, et il faut le dire aussi : un réseau de diffusion mondial a des points de présence à Zurich et à Genève, il est donc chez vous exactement comme un serveur romand. Sur ce terrain, la proximité géographique ne nous donne aucun avantage décisif.

Voilà pourquoi nous ne vendons pas la vitesse. Cinq millisecondes ne décident de rien, et vous pouvez vérifier ce tableau vous-même en une minute.

Ce qui tient à la place

Trois raisons de partir résistent à l’examen. Aucune n’est technique.

La juridiction, qui ne se mesure pas en millisecondes

Vercel Inc. est une société américaine. Peu importe la région où tournent vos fonctions : le fournisseur relève du droit américain, et notamment du CLOUD Act de 2018, qui oblige un prestataire soumis à la juridiction des États-Unis à remettre les données qu’il détient, y compris lorsqu’elles sont stockées à l’étranger. Ce n’est pas une opinion sur les États-Unis, c’est le texte. Nous l’avons détaillé dans un guide séparé.

Pour un site vitrine, cela n’a aucune conséquence pratique. Pour une application qui traite des dossiers médicaux, des données RH ou des pièces comptables de clients suisses, c’est la question qui décide de tout le reste.

La facturation à l’usage, et sa queue

Le modèle de Vercel facture ce que vous consommez : invocations, transfert, minutes de compilation, optimisations d’images. C’est excellent tant que vous êtes petit, et c’est exactement là que le modèle se retourne : le jour où un article passe sur un agrégateur, la facture suit le trafic. Nous ne publions pas de comparaison chiffrée ici, pour une raison simple : les grilles tarifaires changent plusieurs fois par an, et un article qui cite des prix ment six mois plus tard. Allez les lire à la source.

Ce qui ne change pas, c’est la structure : un forfait est prévisible et vous fait payer ce que vous n’utilisez pas ; l’usage est juste et vous expose à la surprise. Le bon choix dépend de votre tolérance à la surprise, pas d’un tableau comparatif.

La dépendance aux fonctions propriétaires

C’est le point que les articles de comparaison sautent, et c’est le seul qui vous coûtera du temps. Next.js est un projet libre ; une partie de ses fonctions les plus commodes ne s’exécute correctement que sur l’infrastructure de son éditeur, ou demande un travail d’équivalence ailleurs.

FonctionHors de VercelCe qu’il faut faire
Rendu serveur, routes APIFonctionneoutput: "standalone", un conteneur, un port.
ISR et revalidationFonctionne, seulLe cache vit dans l’instance. Avec plusieurs instances, il faut un cache partagé.
Optimiseur d’imagesÀ remplacerUn service d’images, ou unoptimized avec des fichiers déjà en WebP.
Middleware EdgeÀ déplacerS’exécute au nœud, plus au bord. La latence ajoutée redevient visible.
Déploiements d’aperçu par brancheÀ reconstruireRien ne le remplace tout seul. C’est la vraie perte.
Analytics et Speed InsightsÀ remplacerPlausible, Matomo, ou rien.
Établi pour Next.js 15 et 16. Les trois premières lignes se règlent en une heure ; les trois dernières sont des décisions.

La migration, concrètement

Une application Next.js sort de Vercel avec une ligne de configuration. Le mode standalone demande à Next de produire un serveur autonome, avec seulement les dépendances qu’il utilise réellement.

next.config.mjs
const nextConfig = {
  output: "standalone",
};

export default nextConfig;
La seule modification obligatoire du code applicatif.

La compilation écrit alors .next/standalone, qui se lance avec node server.js et écoute sur PORT. À partir de là, n’importe quel hébergeur capable de faire tourner un conteneur Node fait l’affaire, le nôtre compris, qui détecte ce cas sans qu’on lui dise quoi que ce soit.

Si votre site est entièrement statique, c’est encore plus simple : output: "export" produit un dossier de fichiers, et il ne reste plus qu’un serveur web à les servir. C’est le choix qu’on a fait pour la page que vous lisez.

Ce qu’il faut retenir

Ne partez pas de Vercel pour la vitesse : depuis la Suisse, un bon réseau de diffusion fait jeu égal avec un serveur local, et nos propres mesures le montrent. Partez si la juridiction compte pour vos données, si vous voulez une facture qui ne dépend pas de votre trafic, ou si vous refusez de dépendre de fonctions qui n’existent que chez un seul fournisseur.

Et si aucune de ces trois raisons ne vous concerne, restez. Un hébergeur honnête vous le dit aussi.

Sources

  1. [1]Mesures de latence, script conservé dans le dépôt du site, sous tasks/mesure-latence.sh. Sept passages par cible, médiane retenue, exécuté le 2 septembre 2026 depuis Lausanne.
  2. [2]Next.js : Deploying, mode standalone, documentation officielle du mode de sortie autonome et de ses limites hors de la plateforme de l’éditeur.
  3. [3]H.R.4943, CLOUD Act (115e Congrès, 2018), texte de loi américain sur l’accès aux données détenues à l’étranger par un prestataire soumis à la juridiction des États-Unis.

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